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« Bonne et mauvaise victime »

2017-07-03T15:34:25+00:005 septembre 2011|, |

Libération du 25 août 2011 publiait un article intitulé « Affaire DSK, les féministes n’abandonnent pas la charge », pour lequel j’ai été interviewée. Mes propos tels qu’ils sont rapportés, en dehors de leur contexte (une conversation téléphonique d’au moins une vingtaine de minutes), méritent quelques éclaircissements.

A Sonya Faure, la journaliste (et auteure d’un très bon article sur le harcèlement sexuel qui a fait la UNE de Libé le 12 juin 2011), qui me demandait quel pourrait être selon l’AVFT l’impact de l’abandon des poursuites contre DSK sur les femmes victimes de violences, j’avais d’abord expliqué que les juristes et de nombreux-ses professionnel-les intervenant auprès de victimes de viol utilisaient une terminologie détestable, qui n’était pas la mienne ni celle de l’AVFT, pour catégoriser les victimes entre les « bonnes » et les « mauvaises » et que, compte tenu du modèle de « bonne victime » des institutions policières et judiciaires en termes biographique, de personnalité, de réactions avant, pendant et après le viol, la « bonne victime » était ni plus ni moins une fiction, un artefact. La citation de moi « Diallo(1) était une mauvaise -mais pas forcément une fausse- victime » est donc à lire dans le cadre de cette distance par rapport aux expressions de « bonne » et de « mauvaise » victime, utilisées justement pour les critiquer. L’attachement de l’AVFT aux mots pour dire les violences sexuelles, le système qui les permet et qui empêche les victimes d’obtenir justice valait cette précision.

J’avais ensuite fait l’hypothèse que l’abandon des poursuites contre DSK, dont les motivations ne sont pas tirées de l’absence de preuve d’un acte sexuel violent (cf. rapport médical d’une institution new-yorkaise réputée pour son sérieux) et ne sont pas non plus liées à des éléments qui établissent le consentement de la plaignante, dont il est quand même encore permis de douter compte tenu des circonstances, mais pour des raisons périphériques aux agissements dénoncés, pourrait avoir deux types de conséquences : l’autocensure (et l’absence de plainte) des victimes qui supposent ne pas correspondre au « modèle de victime » exigé par la justice ; et pour celles qui souhaitent malgré tout dénoncer, le risque que pour être crues, elles se sentent obligées de dissimuler des éléments (par exemple, l’existence d’une correspondance antérieure aux violences dénoncées avec le mis en cause) qui, utilisés par la partie adverse, pourraient se retourner contre elles au cours de la procédure. Il ne s’agit pas de « mensonges » au sens où on l’entend généralement puisqu’il n’est là pas question de « tromper » sur les violences dénoncées mais d’optimiser les chances d’être prises au sérieux – stratégie qui n’est évidemment pas la bonne- par des institutions pour lesquelles la parole des victimes est souvent presque suspecte par définition. Encore une fois, le « système-agresseur » est bien huilé : la crédibilité des victimes est parfois endommagée par des comportements dictés par ledit système. La citation de moi : « Le risque, après l’affaire DSK, c’est que les victimes mentent plus souvent encore pour tenter de se rapprocher du stéréotype de la victime parfaite », est donc un si grand raccourci de ce que j’exprimais qu’elle véhicule potentiellement un contresens.

Marilyn Baldeck

Notes

1. Il est impossible que j’aie pu appeler la plaignante par son nom de famille sans un « Madame » ou un prénom devant !

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