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Nouvelles instances en matière de droits des femmes :
-Taddéi plutôt que l’AVFT
-Lutte contre la « traite » des êtres humains plutôt que contre toute personne qui tire profit de la prostitution d’autrui ou paie pour un rapport sexuel

2017-06-02T17:00:59+00:0015 janvier 2013|, , , , |

Le 3 janvier 2013, deux décrets présidentiels ont créé le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes, placé « auprès du premier ministre», présidé par Danielle Bousquet, militante féministe et ancienne députée, et la mission interministérielle pour la protection des femmes contre les violences et la lutte contre la traite des êtres humains, placée «auprès du (sic) ministre chargé des droits des femmes». Ernestine Ronai, militante féministe et responsable de l’Observatoire de lutte contre les violences faites aux femmes de Seine-Saint-Denis est chargée « de contribuer à la mise en œoeuvre de ses objectifs(1)».

Le « Haut Conseil » a pour mission «d’assurer la concertation avec la société civile et d’animer le débat public sur les grandes orientations de la politique des droits des femmes et de l’égalité, notamment en ce qui concerne la lutte contre les violences de genre, la place des femmes dans les médias et la diffusion(2) de stéréotypes sexistes, la santé génésique, l’égal accès aux fonctions publiques et électives et la dimension internationale de la lutte pour les droits des femmes».

Les décrets portant création de l’Observatoire de la Parité entre les femmes et les hommes (2005), de la commission sur l’image des femmes dans les médias (2011) et de la Commission nationale de lutte contre les violences faites aux femmes (2001) sont abrogés. L’AVFT, qui avait été nommée membre de la Commission nationale de lutte contre les violences faites aux femmes dès la création de cette dernière et dont le mandat, compte tenu de ses apports en matière d’analyse des violences masculines à l’encontre des femmes, avait toujours été renouvelé, ne s’est pas vu proposer de mandat dans le collège « associatif » du « Haut Conseil ».

En revanche, l’arrêté de nomination du 7 janvier 2013 place Frédéric Taddéi, animateur de télévision, au sein du collège des « personnalités qualifiées choisies à raison de leur compétence et de leur expérience dans les domaines des droits des femmes et de l’égalité entre les femmes et les hommes » du Haut Conseil. Il est vrai que son expertise en matière de propagande pro-proxénète par émission de «service public» interposée n’est plus à démontrer.

Dans l’hebdomadaire Grazia du 11 janvier, Frédéric Taddéi dit : «C’est Najat Vallaud Belkacem qui m’a sollicité» et précise : «J’ai accepté car l’égalité hommes-femmes, que je ne confonds pas avec l’indifférenciation des sexes, est un thème qui m’intéresse. Même si il y a un tas de sujets sur lesquels je suis en désaccord».

Question de Grazia : «Lesquels, par exemple ?».

Réponse : «Je suis pour la prostitution».

De quels apports le «Haut Conseil» va-t-il donc pouvoir se prévaloir ?

D’avoir tenté de « sensibiliser » Frédéric Taddéi, ce que nous avons pu entendre ici ou là ?

D’avoir autorisé la controverse en son sein, au motif ou au prétexte d’une nécessaire pluralité « d’opinions », si tant est qu’être «pour la prostitution» puisse en être une ?

N’avait-il pas mieux et plus urgent à faire ? En quoi la présence de M. Taddéi(3) dans le « Haut Conseil » va-t-elle bien pouvoir servir aux femmes ? A la société tout entière ? A quel projet de société ranger Taddéi, thuriféraire de la prostitution, parmi les spécialistes de l’égalité entre les femmes et les hommes, correspond-il au juste ?

Quelle politique, notamment en matière de « prostitution », ce « Haut Conseil » est-il supposé soutenir ou accompagner ?

La création, concomitamment au Haut Conseil, de la mission interministérielle pour la protection des femmes contre les violences et la lutte contre la traite des êtres humains, enterre encore un peu plus profondément tout positionnement abolitionniste de la France.

Faut-il encore le rappeler, la politique sous-tendue par cette terminologie empruntée aux traités européens et onusiens exclut de facto toute lutte contre le proxénétisme et plus encore toute pénalisation du fait de payer pour un rapport sexuel : il n’est question que de la «traite (4) ». L’esclavage aurait eu de beaux jours devant lui si la seule «traite des esclaves» avait été abolie. Or c’est bien l’esclavage qui a été aboli.

Souvenons-nous d’ailleurs que la féministe Olympe de Gouges fût une des plus ardentes abolitionnistes de l’esclavage du Siècle des Lumières, de la même façon que les féministes, au cours des siècles, ont toujours dénoncé les systèmes d’oppression quels qu’ils soient et où qu’ils s’exercent.

En outre, il est illusoire de vouloir assurer «la protection des femmes contre les violences» tout en circonscrivant les politiques publiques en matière de prostitution à la seule «lutte contre la traite des êtres humains(5)».

Il n’est enfin pas anodin que l’expression «lutte contre les violences faites aux femmes», présente dans le nom de la commission éponyme dissoute, a purement et simplement disparue de la terminologie gouvernementale, au profit de l’expression «pour la protection des femmes contre les violences». Il ne s’agit donc plus de lutter contre les violences, mais d’en «protéger» les femmes ; Le Haut Conseil, pour sa part, contiendra une commission «sur -et non contre- les violences de genre». Ainsi les concepts de «protection des femmes» et de «genre», cent fois questionnés et remis en cause par les féministes, qui savent bien que ces choix terminologiques sont lourds de sens, sont-ils institutionnalisés.

Marilyn Baldeck
Déléguée générale

Notes

1. Selon un communiqué de presse du ministère des droits des femmes. Ni le titre ni les pouvoirs de Mme Ronai ne sont connus de nous lorsque nous rédigeons ce communiqué.

2. Nous supposons qu’il faut lire « la lutte contre la diffusion de stéréotypes sexistes ».

3. Qui, soit dit en passant, était absent de la première réunion du Haut Conseil, le 8 janvier dernier.

4. Cf. notamment l’interview de Marie-Victoire Louis, chercheuse féministe, fondatrice et ex-présidente de l’AVFT par Grégoire Téry, en 2005.

5. A supposer d’ailleurs qu’on puisse affirmer que la « lutte contre la traite des êtres humains » concerne, pour reprendre une autre formule onusienne ou européenne, «la lutte contre la traite des être humains aux fins de prostitution».

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