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Éléonore écrit au policier qui a refusé sa plainte

2017-11-14T16:05:31+00:00 14 novembre 2017|

« Twitter n’est pas un tribunal, ça ne remplace pas un dépôt de plainte » Marlène Schiappa sur C NEWS le 16 octobre 2017

Ci-dessous le mail qu’Éléonore a envoyé au policier qui a refusé sa plainte (l’AVFT était en copie). Elle n’a pas reçu de réponse.

 

ça fait quelques années maintenant,

j’avais essayé de porter plainte pour viol contre mon patron

et, vous ne l’aviez pas reçue …

avec le temps, j’ai appris que je n’étais pas la seule,

pas la seule à ne pas être entendue

on a soit des tenues trop sexys ou, quelque chose de peu plausible,

ou juste parce qu’on est une femme adulte, ou une femme … on est pas écoutée.

j’ai personnellement essayé d’avancer sans y penser,

en me disant que ça arrive en fin de compte très souvent.
que je n’ai rien d’autre, donc que ce n’est pas trop grave.
Sauf que cette odeur, l’odeur de l’autre, sentir l’autre,

ce parfum de mort qui vient vous toucher,

cette envie de vomir, de crier, de hurler, de frapper,

et puis se souvenir qu’on ne bouge pas

on ne sait plus bouger, on reste immobile …
ces souvenir restes.

Ils ressurgissent par bribes comme des Madeleines de Proust,

la saveur est moins agréable.
Elle ne permet pas vraiment d’avancer,

elle vous fige encore.

Je souris,

j’ai une merveilleuse petite fille,

j’écris des films pour parler sans devoir le faire à voix haute,

sous un autre nom pour ne pas être jugée.
Car ce jugement, le fait qu’on ne vous croit pas,

ça reste indéfiniment !

ça ne part pas. à jamais.

Et, tu sais au fond de toi que ça ne s’arrêtera pas.
ça arrivera à d’autres, qui n’iront probablement jamais témoigner.
Car en fin de compte, c’est la chose la plus simple à faire.
Et la seule chose que je conseillerais pour son bien à soi, pour ainsi plus facilement oublier.

Moi, j’ai pris un avion, je me suis envolée avec ma fille sous le bras.
Dans un pays où j’ai pu un peu oublier …
un peu, car il me restera toujours cette envie d’aider à ce que ça cesse!

 

ça c’est passé en 2011,

c’était il y a 6 ans de cela.
J’ai réussi à presque tout oublier,

si je ne voyais pas les récits d’autres femmes

qui me font revivre le souvenir enfuit de ce qui m’est arrivé à #metoo.

vous n’avez pas voulu prendre ma plainte,

vous m’avez culpabilisée de ma façon de réagir face à ce qui m’était arrivée.
Comme si mon incapacité à gérer les événements, le fait que je n’arrive plus à réfléchir, plus à bouger, plus à crier ni à me débattre

signifiait que j’avais consenti à me faire pénétrer par un homme dont le parfum reste en moi comme l’odeur de la mort.

C’est étrange comme l’instinct ou la nature humaine fonctionne.
Nous sommes des proies et ne savons plus nous défendre quand un homme arrive et veut vous forcer à lui céder,

on pense être forte, être assez réactive et vive pour savoir qu’on va réagir et s’auto-protéger.

Je rêve souvent que je le perfore avec mon talon pour le faire reculer, que je prends le premier crayon ou bic sur la table et que je le lui envoie au visage,

que mon genou lui donne un coup dans les bijoux qui le foudroie et me permette de fuir … je revis en imaginant que j’ai pu le repousser et me défendre … que rien n’est arrivé … mais ce n’est qu’un rêve. L’inconscient qui te soigne comme il peut. Pour que tu oublies … simplement.
Dans un système où tout est fait pour que les femmes se taisent et acceptent de toute façon car ça arrive très souvent, et que personne ne veut que ça change.

On leur fait même croire, comme vous avez essayé de le faire, que cet acte est une pénétration que j’aurais désirée.

La justice, le système, la société (de l’époque) inverse la responsabilité.

… et si tu portes plainte, tu risques de tout perdre : commençant par ton job (ce qui m’est arrivée), ton entourage (une partie qui a honte), ton crédit (ce qui m’est arrivé, je n’arrivais plus à me redresser pendant quelques mois, je n’arrivais plus à travailler … plus à avancer et me sentir bien avec mon corps … puis chaque personne qui savait ce qui m’était arrivée me faisait relire dans son regard tout ce que j’avais vécu, c’était comme le revivre à nouveau, et vous m’avez même menacée CAR c’était une menace : que je me retrouve jugée en diffamation ! et là, c’est le summum de l’ignominie du système : tu te fais violer en plus de devoir raconter, te justifier, y repenser, revivre et que ça dure et te faire accusée d’avoir provoqué ou voulu ça. Tu t’exposes à une plainte pour avoir dénoncé ton pire cauchemar.

Si je vous écris encore aujourd’hui … C’est que j’espère que JAMAIS vous ne ferez revivre ça à une autre femme! parce que je sais maintenant que PLEINS de femmes vivent ça en France et partout dans le monde. Et c’est encore plus cruel et difficile à surmonter quand la justice (ce que vous incarnez), empêche la victime de porter plainte et la culpabilise !

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