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09/03
2010

Se raviser

  

Dans les articles consacrés par la presse à la condamnation définitive pour agressions sexuelles de JM, maire de Neuilly-sur-Marne et sénateur, qui reprennent les termes d’une dépêche de l’AFP, on peut lire qu’initialement, deux femmes avaient déposé plainte contre JM, mais que l’une d’entre elles s’était "finalement ravisée", Mme MS devenant ainsi "l’unique accusatrice".

Les mots ne sont bien sûr pas innocents. Les journalistes auraient pu utiliser le factuel "l’une d’elles avaient finalement retiré sa plainte". S’agissant de Mme MS, dans un article publié après la condamnation définitive de JM, parler de "victime" plutôt que d’"unique accusatrice" n’aurait pas été extravagant...

L’expression "se raviser" ne signifie pas tout à fait simplement "changer d’avis", elle charrie aussi l’idée que la personne qui se ravise fait preuve de bon sens, s’amende, revient sur une décision qui n’était pas justifiée.

L’exemple donné dans le dictionnaire (lexilogos) nous le confirme : "vous m’avez dit qu’elle n’avait plus rien ; puis vous avez semblé vous raviser et me faire entendre qu’elle était encore riche" (Sand, Meunier d’Angib., 1845, p. 185).

En réalité, dans cet exemple, la personne qui s’est ravisée avait même menti.

Si le moindre doute subsistait sur ce que le journaliste a voulu dire, nous pourrions encore nous en référer à l’histoire du verbe : Fin XIIIème s, « réfléchir, résister à une facheuse impulsion ».

Or en l’espèce, la femme qui a retiré sa plainte, qui chronologiquement a d’ailleurs été la première à dénoncer les violences commises par JM, y a été contrainte car elle est tombée malade et qu’elle a estimé que son état de santé ne lui permettrait pas d’affronter la procédure. Elle a pour autant toujours maintenu ses accusations à l’encontre de JM, y compris en écrivant au juge après son retrait de plainte.

C’est d’ailleurs aussi sur la base de sa plainte, même retirée, que le parquet a soutenu l’accusation.

Un bel exemple de manipulation linguistique et de la soit-disant "neutralité" des dépêches de l’AFP.

 

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