“Sujet scabreux : pour ou contre violer la stagiaire”

Cette phrase est extraite d’une interview entendue le 18 juillet dernier sur Europe 1 dans l’émission matinale “Dans l’air du temps”. L’un des invités est un ancien professeur de français, Alain Chopin, qui vient de publier un ouvrage intitulé “Flaubert est un blaireau”.

L’interview commence par une présentation stéréotypée de l’invité : “professeur dans un lycée professionnel de banlieue”, “ses élèves n’ont pas vraiment le look scolaire”, “Rien ne sera épargné à ce professeur tranquille”…

…Et se poursuit :

 Alain Chopin : (parlant de ses élèves…) je souhaitais les laisser venir jusqu’à moi sans les contraindre, savoir qui ils étaient. Je voulais qu’ils sachent que j’étais capable d’entendre ce qu’ils avaient à dire. (…)

 Le journaliste : Ca va parfois un peu loin quand même.

 (rires de l’invité)

 Le journaliste : Quand vous avez une stagiaire qui vous remplace (rires de l’invité) et que vous demandez ensuite (rires de l’invité) : « Vous avez trouvé un thème ? » (rires de l’invité) et que les élèves répondent : « Oui. On la viole tout de suite ou un peu plus tard ». Attendez, c’est quand même un peu énorme.

 Alain Chopin : C’était un travail sur l’argumentation… Bon, il faut chercher des arguments pour, des arguments contre, c’est sérieux, on travaille, on réfléchit et tout à coup, les élèves choisissent comme sujet un sujet scabreux : pour ou contre violer la stagiaire.

 Le journaliste : Et ils vous l’annoncent froidement ?

 Alain Chopin : Oui, parce que pour eux, dans leur esprit, c’était pas méchant, c’est un peu difficile à dire comme ça… C’était pour eux une sorte de jeu. Et voilà, ils étaient comme ça.

Nous avons voulu lire par nous-mêmes le passage qui a fait réagir le journaliste. Le voici:

Extraits :
J’avais conseillé à Vanda des vêtements moins près du corps, mais sans doute, elle n’avait pas compris le sens de ma recommandation. C’était son premier cours en autonomie, c’est-à-dire sans moi au fond de la classe, avec des électriciens, une vingtaine de garçons, pas une seule fille.
Je l’ai vue arriver, le matin, avec un jean moulant et un petit haut charmant qui mettait tout à fait en valeur des atouts évidents. Je me suis dit Aïe ! Aïe ! Mais il était trop tard pour changer quoi que ce soit.
(…)
Les élèves, je les vois dans l’après-midi. Ça a été avec la stagiaire ? Vous avez bien travaillé ? Oui Monsieur, super. Vous avez trouvé un thème ? Oui, Monsieur. On a choisi pour ou contre violer la stagiaire.

Les stéréotypes sur les violences, qui véhiculent l’idée d’une probable responsabilité de celles qui en sont victimes sont ici bien présents. Alain Chopin présuppose en effet que son “jean moulant” et son “petit haut charmant qui mettait tout à fait en valeur des atouts évidents” ne pouvaient que provoquer une question sur le viol de la part de ses élèves !

En outre, il prend la stagiaire qui le remplace pour une imbécile (“J’avais conseillé à Vanda des vêtements moins près du corps, mais sans doute, elle n’avait pas compris le sens de ma recommandation”). Peut-être Vanda a-t-elle simplement fait le choix de ne pas prêter attention aux recommandations paternalistes d’A. Chopin et a-t-elle décidé que cela n’était pas à elle de censurer sa tenue vestimentaire mais bien aux garçons de réviser leurs préjugés sur les filles et les femmes ?

L’attitude de cet enseignant qui banalise le crime de viol est parfaitement irresponsable compte tenu de ses fonctions (il est, par ailleurs, également formateur à l’IUFM) et de sa mission première d’éducation et de détermination de la norme pour ses élèves. En effet, considérer cette question comme pouvant être posée et débattue comme n’importe quelle autre question banalise le viol.

Il reste encore un très important travail de sensibilisation et de prévention à réaliser aussi bien auprès des élèves que des enseignants, «adultes référents» auprès des premiers, pour que la tolérance aux violences et leur banalisation cessent et qu’ils soit enfin considéré que la responsabilité de ces agissements repose uniquement sur leurs auteurs et non plus, pour partie, sur les victimes.

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