Dans la police, mieux vaut être un homme condamné pour « violences conjugales » qu’une femme victime de harcèlement sexuel

Un article du Parisien du 30 août et un article du Monde du 1er septembre derniers respectivement intitulés « le policier indélicat(1) enquêtait sur son ex-femme » et « Six mois avec sursis requis contre le super-enquêteur amoureux(2)» reprennent une information dont la presse avait déjà fait état il y a quelques années.

Un policier ayant été un des principaux protagonistes de l’arrestation d’Yvan Colonna pouvait déjà se targuer d’avoir « détourné la procédure à des fins personnelles, notamment pour identifier une esthéticienne qu’il trouvait à son goût » (Le Parisien), et commis des violences sur sa compagne, elle-même officière de police judiciaire, violences pour lesquelles il avait déjà été condamné à six mois de prison avec sursis et mise à l’épreuve (Le Monde).

Selon Le Parisien, ce policier a depuis été « promu » tandis que Le Monde rapporte les propos de son avocat affirmant que son client est « un grand policier au placard depuis huit ans pour une réquisition sans conséquence » (pas un mot sur la condamnation pour violences volontaires).

Ce qui est sûr, c’est qu’il a écopé d’un blâme, sanction la plus légère dans l’échelle des sanctions administratives, “la même sanction que pour la perte d’une carte police pour un fonctionnaire” selon une policière de notre connaissance.

En tout état de cause, de la même façon qu’il paraît inconcevable qu’un élu conserve ses mandats s’il a été condamné pour des violences physiques ou sexuelles, un policier violent (et armé), dont les missions comprennent le maintien de l’ordre public et le respect de la loi peut-il conserver son insigne ?

Pour compléter le tableau, le 30 août dernier, et c’est ce qui vaut ce nouvel intérêt médiatique, ce policier était jugé pour avoir rédigé « une fausse réquisition judiciaire destinée à France Telecom pour retrouver … l’adresse et le numéro de téléphone » (Le Monde), laquelle avait fui le domicile conjugal du fait des violences et s’était réfugiée chez une amie (délibéré le 4 octobre).

Nous verrons en cas de condamnation (très probable puisque selon Le Monde, l’avocat du policier n’a plaidé que la dispense de peine) si sa hiérarchie a la bonne idée d’engager une procédure disciplinaire à son encontre.

Un rapport avec un « dossier » dans lequel l’AVFT intervient ? Oui. Ce policier mis en cause vient de la même direction (la Direction Nationale Anti-Terroriste) que celle à laquelle appartient Mme C., commandante de police, qui a porté plainte pour harcèlement sexuel contre son ex-supérieur hiérarchique (cf. Mediapart, 27 juillet 2011), lequel était également un des policiers ayant contribué à l’arrestation d’Yvan Colonna.

Mme C., loyale envers son corps d’appartenance, avait choisi de ne porter plainte qu’après le « 3ème procès Colonna » afin que les avocats de la défense ne puisse se servir de sa plainte pour discréditer le témoignage du policier qu’elle accuse.

Mme C. n’est elle pas promue pour avoir eu le courage de dévoiler le harcèlement sexuel dont elle a été victime. Elle a au contraire été rétrogradée et privée d’une partie de ses missions. Pour ça, elle attaque également son administration devant le Tribunal administratif.

Notes

1. Indélicat signifiant « cogner sur sa compagne » selon le Parisien

2. Etre amoureux pouvant comprendre le fait de cogner sur sa compagne, selon le Monde.

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