ON MARCHE SUR LA TÊTE… DES ASSOCIATIONS : L’AVFT CONDAMNEE DANS L’EXERCICE DE SES MISSIONS.

Depuis 40 ans, l’AVFT se bat, sur tous les terrains, pour que les droits des femmes au travail évoluent. Rien que la semaine dernière nous l’avons fait :

  • en se constituant partie civile à l’audience Depardieu pour que le droit soit correctement appliqué dans les prétoires,
  • en intervenant aux Assises de la santé des travailleurs et travailleuses pour encourager une solidarisation autour des victimes dans les collectifs de travail,
  • en participant au rendu de notre groupe de travail proposant une réécriture des définitions pénales du viol et de l’agression sexuelle pour modifier notre droit à la source.

Cette même semaine, le tribunal judiciaire (TJ) de Paris nous condamnait pour atteinte à la vie privée dans l’exercice de nos missions.

Le 26 mars 2025, le TJ a estimé que l’AVFT avait violé la vie privée de Benjamin Amar lorsqu’elle rappelait par courrier à la CGT, en 2022, que ce dernier avait des pratiques sexuelles de domination qu’il revendiquait et assumait parfaitement dans le cadre d’une procédure pénale le mettant en cause pour des faits de viols avec torture et actes de barbarie à l’encontre d’une femme accompagnée par l’AVFT dans ses démarches.

Ce courrier documenté et précis de l’association visait à questionner la cohérence de la CGT : le syndicat avait décidé de remandater Benjamin Amar alors que son comportement envers les femmes -jouissance dans la domination et l’humiliation de celles-ci- n’est pas, selon l’AVFT, compatible avec l’exercice de ses fonctions au sein d’une organisation syndicale qui prône notamment l’égalité femmes-hommes.

L’antagonisme entre la défense du bien-être et de la santé des travailleurs.euses et la volonté de dominer et d’humilier les autres, en l’espèce les femmes, était relevé dans le cadre de l’enquête préliminaire et l’écart entre les valeurs défendues et les pratiques sexuelles était considéré comme pouvant générer une confusion dangereuse chez les femmes de la structure (CGT) que Benjamin Amar était amené à côtoyer.

Le danger de cette contradiction et les risques encourus en conséquence par les femmes de la CGT dont l’une d’entre elle avait déposé plainte et au moins deux autres avaient rapporté des faits d’agressions sexuelles dans le cadre de leurs actions syndicales, poussaient l’AVFT à prendre la plume pour que la CGT agisse en responsabilité et protège les femmes.

Ce jugement du Tribunal Judiciaire est, selon nous, une appréciation sévère du travail d’alerte de l’AVFT et une restriction critique de la liberté d’expression des femmes victimes de violences dont la parole tombe sous le couperet de la protection de la vie privée à compter du moment où un classement sans suite interviendrait.

Quand on connaît le taux de classement sans suite de 85% des 1 femmes sur 10 qui déposent plainte, quand on sait que nous sommes dans un système pénal qui dysfonctionne avec des biais de jugements sexistes qui empêchent les poursuites, qui plus est jumelé à des lois inefficaces à protéger les femmes, on comprend qu’en réalité, ce sont les femmes victimes de violences sexuelles et leurs soutiens que l’on musèle et qui ont de sombres jours devant elles.

Cela signifie que demain, quand l’AVFT écrira un courrier à un employeur pour dénoncer des actes de violences sexuelles classés sans suite, et qu’elle fera encore état des éléments de la procédure pénale, notamment des conclusions d’une expertise psychiatrique alarmante, l’auteur pourra, à l’instar de Benjamin Amar, attaquer l’association en violation de la vie privée et la faire taire.

Ce jugement est une décision dangereuse.

Par ailleurs, la condamnation à payer au total 4 000€ de dommages-intérêts et d’honoraires d’avocat de la partie adverse, en plus des frais de justice, représente un coût non négligeable pour l’association : c’est autant d’argent qui ne sert pas la défense des femmes et qui finance les privilèges des hommes, en plus d’affaiblir financièrement une association qui lutte quotidiennement aux côtés des victimes dans un contexte où les subventions aux associations sont à la baisse et plus précaires que jamais.

L’AVFT compte bien faire appel de cette décision  pour se battre, jusqu’au bout,, pour préserver son droit d’alerte et sa liberté d’expression et espérer continuer d’avoir le droit d’exercer ses missions d’intérêt général.

L’équipe de l’AVFT Libres et Egales.

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