L’euro symbolique

La semaine dernière, nous avions rendez-vous aux urgences médico-judiciaires (UMJ) de l’Hôtel-Dieu, hôpital parisien situé sur l’Ile de la Cité, en regard de la cathédrale Notre-Dame de Paris.

Les médecins des UMJ reçoivent en consultation les victimes (notamment de viol et d’agression sexuelle) mais aussi les gardés à vue (notamment suspectés d’avoir commis un viol ou une agression sexuelle), pour établir des constats médicaux, effectuer des prélèvements susceptibles d’être utiles dans l’établissement de la preuve de l’infraction, leur donner d’éventuels soins d’urgence ou les orienter vers des consultations spécialisées.

Les personnes examinées aux UMJ de l’Hôtel-Dieu y arrivent sur réquisition des structures judiciaires et policières.

Il s’agissait d’une réunion, en présence des médecins-référents des UMJ, du directeur de l’hôpital, d’une procureure adjointe du Parquet de Paris et des représentant-e-s de cinq associations de soutien aux femmes victimes de violences, pour discuter notamment des modalités pratiques d’une permanence à destination des victimes que les associations allaient tenir, au sein des UMJ, à partir de mi-octobre.

Cette permanence, dont l’idée a émergé il y a presque dix ans, avait été voulue par les médecins des UMJ, qui constataient trop souvent qu’une fois l’examen médical effectué et les soins médicaux reçus, les victimes repartaient de l’hôpital sans connaître la suite de la “procédure”, désorientées et renvoyées à la plus parfaite solitude. La concrétisation de ce projet a été rendue possible par l’action conjuguée de la responsable des UMJ ainsi que du Parquet de Paris. Une subvention -minime, mais acceptée par les associations en raison de l’intérêt du projet- avait été trouvée pour qu’au moins quatre jours et demi par semaine, les victimes puissent se rendre dans une permanence pour y obtenir information (notamment juridique) et soutien après l’examen médical. En réalité, on se demande comment il est possible qu’une telle possibilité ne soit pas offerte aux victimes depuis longtemps. Les progrès prennent un temps considérable. Rappelons-nous qu’il y a une poignée d’années, le Moyen-Age !, victimes et gardés à vue (éventuellement une victime et la personne qui l’avait agressée) étaient reçus au même endroit, attendaient leur tour dans la même salle d’attente, et les victimes constataient régulièrement que les gardés à vue étaient bien mieux traitées qu’elles, leur statut exigeant notamment qu’ils soient nourris… sous le nez des victimes qui, elles, devaient se débrouiller toutes seules pour obtenir un verre d’eau.

La permanence devait démarrer le 18 octobre.

Mais quelle ne fût pas notre stupeur en entendant le directeur de l’hôpital annoncer que nous devions préalablement signer “une convention d’occupation du domaine public”, laquelle devait comprendre un bail, et donc un loyer, pour le bureau que les associations allaient occuper pour mener leur mission à bien.
Cette information était également inédite pour les médecins initiateurs du projet, qui la découvraient en même temps que nous.

A la question du montant de ce loyer, posée “par curiosité”, par l’un-e d’entre nous, le directeur de l’hôpital a répondu : “les consignes que nous avons est de facturer au tarif du marché». Le tarif du marché pour un local de 20 m2 à 20 mètres de Notre-Dame, sans doute le quartier le plus cher de la capitale. Le directeur a convenu que, s’agissant d’un projet mis en place à la demande de l’hôpital, à des associations sous-subventionnées pour le réaliser, c’était “tout de même un peu exagéré ». On espère qu’il est adepte de l’euphémisme.

Une représentante d’une des associations présente a suggéré que la convention pourrait être établie moyennant “un euro symbolique”.

S’agissant de l’AVFT, c’est justement parce que cet euro est symbolique – des obstacles à l’action associative en faveur des femmes victimes de violences et de l’entrée du système hospitalier français dans l’économie de marché- que nous refuserons de le payer.

Suite à la prochaine réunion…

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