Courage, fuyons

La place du compagnon (mari/conjoint etc.) des femmes qui saisissent l’AVFT ne peut être éludée.

Ceux-ci sont tantôt absents, tantôt beaucoup trop présents (décisions prises à la place de sa compagne, cherche à parler à sa place…), parfois parfaitement en soutien sans précéder les attentes de leurs compagnes. Et quelques fois, ce sont eux qui saisissent l’association pour prendre des renseignements, pour savoir comment se comporter eux-mêmes, pour avoir validation de la qualification, notamment de viol, des violences dénoncées par leur compagne.

Dans un certain nombre de cas, le compagnon est un interlocuteur à part entière pour l’AVFT.

Mme X, victime d’agressions sexuelles et de viol commis par un maire, que nous avons reçue à la fin de l’année dernière, nous avait dit, lors de ce premier rendez-vous, qu’elle bénéficiait du soutien plein et entier de son mari.

Pourtant, un mois plus tard, Mme X nous a appelées pour faire un point des procédures. A cette occasion, elle nous a alertées sur les difficultés rencontrées avec son mari : « Il ne veut pas que je porte plainte, pour les enfants et pour lui ».

Etonnées par ce revirement, nous en avons questionné les raisons. Mme X reliait le changement d’attitude de son mari à son retour de son rendez-vous à l’association. En effet, parce qu’elle rapportait avec elle des modèles d’attestation, de certificats médicaux, un guide pratique publié par l’AVFT, qu’elle avait pris des notes sur la stratégie de dévoilement des violences adoptée, son mari avait pris conscience de sa détermination à aller jusqu’au bout des procédures : « Là il s’est rendu compte que j’étais motivée et que je souhaitais vraiment porter plainte ».

Il n’a ensuite eu de cesse de vouloir la décourager : « Plus t’en parles plus t’y penses » ; « Tu devrais faire du sport pour oublier » ; « Il faut que tu passes à autre chose ». « Il va t’interner d’office ».

Quand elle lui dit, pour tenter de lui faire comprendre l’état dans lequel elle se trouve, qu’elle a perdu 4 kg en 3 jours, il lui dit : « C’est bien ce que tu voulais, non ? ».

Il lui dit également : « Ca fait 33 ans que tu te sacrifies pour les autres, 15 ans pour les enfants… continue ».

Coup de massue : « Tu as été salie, je pense que je ne pourrai plus te toucher ».

Son mari faisait donc semblant de la soutenir parce qu’il ne croyait pas en la capacité de son épouse à faire des choix par elle-même, à faire usage de sa liberté, y compris celle de dénoncer les violences dont elle a été victime.

Mme X souhaite malgré tout continuer : « Je suis déjà dans le processus, je veux aller jusqu’au bout et je sais que le prix à payer c’est mon mariage. Je pense que je vais divorcer. Je veux rompre cette chaîne du silence ».

Mais combien de femmes renoncent face à un tel dilemme ? Pour sauvegarder leur mariage, leur famille ? Un obstacle supplémentaire à la dénonciation des violences qui est souvent ignoré.

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