Quand ça fonctionne

Ces derniers jours, deux retours de victimes sur la manière dont elles ont été reçues par les services de police méritent d’être soulignés, non pas, pour une fois, pour la désinvolture (notamment refus de prendre une plainte) qui a caractérisé cet accueil, mais, au contraire, pour la compétence et la mobilisation dont ont fait preuve les agents de police.

Toutes deux, l’une dans le sud de la France, l’autre en région parisienne, n’avaient d’autre intention que de déposer une main-courante, pour laisser une trace, dater un événement, poser un premier jalon dans une encore hypothétique procédure. Elles n’étaient pas décidées à porter plainte, en raison de l’impact possible et probable sur leur contrat de travail, du coût financier -les honoraires d’un-e avocat-e- que cela pourrait entraîner, de la longueur de la procédure, en prise à des doutes sur leur légitimité à dénoncer… les raisons habituelles.

Pour la première, victime de harcèlement sexuel et d’un attouchement sexuel (mains sur les seins) commis par son ex-employeur, l’agent chargé de prendre sa main-courante a interrompu la séance en lui disant que ce qu’elle dénonçait était plus grave que ce qu’il pensait, qu’il préférait lui demander de revenir le lendemain pour avoir plus de temps à lui consacrer dans de bonnes conditions et l’a avertie qu’il souhaitait tout de même aviser le procureur de la République.
Le lendemain, la main-courante est devenue une “première audition de victime”, c’est-à-dire un acte qui n’est pas non plus une plainte, mais un acte d’enquête sur une infraction dont la police s’est saisie d’office (ou sur invitation du Parquet, mais l’histoire ne le dit pas).

S’agissant de la seconde, victime de harcèlement sexuel, d’agressions sexuelles (mains sur les fesses) et d’une exhibition sexuelle (son directeur l’a une fois accueillie dans son bureau, lumières éteintes, braguette ouverte et sexe sorti), l’agent de police a insisté pour qu’elle dépose une plainte plutôt qu’une main-courante. Devant le refus de la plaignante, effrayée par les conséquences d’une plainte sur son poste, qu’elle occupe depuis plus de quinze ans, l’agent lui a alors demandé : “Mais vous ne voulez pas qu’au moins on le convoque ? Que ça lui fasse un peu peur et qu’il vous laisse tranquille ?” et lui a dit qu’il se tenait à sa disposition si elle souhaitait transformer sa main-courante en plainte.

Dans un cas comme dans l’autre, la police et/ou le parquet considèrent donc que même en l’absence de plainte de la victime, les faits qu’elle dénonce sont suffisamment attentatoires à l’ordre public pour nécessiter une réaction, voire qu’il faille enquêter et éventuellement poursuivre leur auteur. Alors qu’en règle générale, “l’ordre public” n’est guère troublé par les violences dont les femmes sont victimes au travail. Voire, le silence sur ces violences est au contraire considéré comme une des conditions de cet “ordre public”.

Puisse l’année 2012 ainsi continuer…

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